La CENCO s’oppose fermement au projet de révision constitutionnelle de Félix Tshisekedi

La CENCO s’oppose fermement au projet de révision constitutionnelle de Félix Tshisekedi

En République démocratique du Congo, le climat politique se crispe autour de la volonté présidentielle de modifier la Loi fondamentale. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a officiellement exprimé son désaccord face à l’initiative portée par Félix Tshisekedi. Pour les hauts dignitaires de l’Église, toucher à la Constitution actuelle risquerait de plonger la nation dans une instabilité institutionnelle périlleuse et de compromettre les avancées démocratiques obtenues de haute lutte.

L’épiscopat congolais défend l’héritage de 2006

Pour la CENCO, dont l’influence sur l’opinion publique est majeure, le texte constitutionnel de 2006 n’est pas une simple charte, mais le fruit d’un consensus national historique après des années de conflits. Les évêques estiment que le contexte actuel ne se prête absolument pas à une telle manœuvre. Ils craignent notamment que cette réforme ne soit qu’un levier pour modifier les règles électorales et favoriser le maintien au pouvoir de l’actuelle majorité.

De son côté, le président Félix Tshisekedi soutient depuis la fin de l’année 2024 que la Constitution actuelle, qu’il juge héritée d’influences extérieures, constitue un frein au progrès de la RDC. Son projet prévoit la création d’une commission spéciale en 2025 pour élaborer une nouvelle mouture. C’est précisément cette accélération du calendrier qui alerte les prélats, ainsi que de nombreux acteurs de la société civile et de l’opposition politique à Kinshasa.

Un bras de fer aux enjeux démocratiques majeurs

Cette opposition de l’Église n’est pas une première. On se souvient de son rôle déterminant sous le régime précédent, lorsqu’elle s’était dressée contre toute modification de la limitation des mandats. En rappelant que certains articles de la Constitution sont « intangibles », les évêques ferment la porte à toute remise en cause du nombre ou de la durée des mandats présidentiels. Pour eux, l’urgence réside dans le respect scrupuleux des lois en vigueur plutôt que dans leur réécriture.

L’impact de cette prise de position est considérable dans un pays où près de la moitié des citoyens se revendiquent du catholicisme. Le message des évêques, relayé jusque dans les paroisses les plus reculées, résonne comme un avertissement moral puissant. Alors que le chef de l’État dispose d’une large majorité parlementaire pour engager ses réformes, il se heurte désormais à une autorité dont la voix est écoutée bien au-delà des frontières, de Paris à Washington.

La stabilité de la RDC en question

Ce débat survient alors que la RDC fait face à des défis sécuritaires critiques, particulièrement dans l’est du pays avec l’agression du M23 au Nord-Kivu. Pour certains observateurs, ouvrir un chantier constitutionnel maintenant pourrait fragiliser la cohésion nationale au moment où l’effort de guerre devrait être la priorité. Pour d’autres, c’est une stratégie de l’exécutif pour réaffirmer sa souveraineté face aux pressions régionales.

Le futur politique de la RDC se joue peut-être dans cette confrontation entre le palais présidentiel et la conférence épiscopale. Si le pouvoir choisit de passer outre les mises en garde de l’épiscopat, il s’expose à une contestation sociale et religieuse d’envergure. Les prochains mois révéleront si Félix Tshisekedi privilégiera le passage en force ou la recherche d’un nouveau consensus avec les forces vives du pays.

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