Mali : offensive djihadiste et rebelle menace la stabilité du pays et ébranle la junte
Les attaques simultanées menées par le JNIM et le FLA le 25 avril 2026 ont marqué un tournant dans le conflit malien. En ciblant Bamako, Kati, Kidal, Gao et Sévaré, ces groupes ont révélé les failles d’un système sécuritaire reposant sur des soutiens étrangers. La reprise de Kidal, ville stratégique, remet en cause la légitimité de la junte et expose les limites du partenariat avec la Russie.

Bamako sous pression : une guerre d’usure orchestrée par le JNIM
L’offensive coordonnée du Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM) et du Front de libération de l’Azawad (FLA) a bouleversé la donne. Ces groupes, autrefois cantonnés aux régions septentrionales, ont étendu leur influence vers l’ouest et le sud, frappant des zones jusqu’alors épargnées comme Kayes. Leur stratégie inclut désormais des attaques ciblées contre les forces armées maliennes (FAMA) et des perturbations économiques à Bamako, avec pour objectif d’éroder la légitimité de la junte.
Le JNIM, fort de 5 000 à 6 000 combattants, mise sur une guerre d’usure plutôt que sur une prise de contrôle militaire de la capitale. Bien que Bamako reste protégée par des infrastructures sécuritaires robustes, le groupe multiplie les attaques contre des bases militaires et des axes logistiques, notamment ceux reliant la capitale aux autres régions. Depuis septembre 2025, il a instauré un blocus économique partiel, visant les convois de carburant et provoquant des pénuries qui fragilisent davantage le pouvoir en place.
Dans les zones sous son contrôle, le JNIM a mis en place une administration parallèle, basée sur la charia et la taxation, se présentant comme une alternative crédible à l’État. Cette stratégie lui permet de gagner en influence auprès des populations locales, notamment dans les campagnes où l’État est absent. Cependant, son incapacité à mobiliser un soutien populaire significatif dans les villes limite ses ambitions immédiates.
Kidal : un revers stratégique pour la junte et ses alliés russes
La reprise de Kidal par le JNIM et le FLA constitue un camouflet pour les Forces armées maliennes (FAMA) et leurs partenaires, notamment le groupe russe Africa Corps. Cette ville, symbole des tensions entre djihadistes et rebelles touaregs depuis 2012, avait été reprise en 2023 par les FAMA et Wagner, qui en avaient fait un symbole de leur efficacité. Sa perte, couplée au retrait des forces russes, fragilise le discours officiel de la junte, qui présentait le partenariat avec Moscou comme une solution sécuritaire supérieure à la présence française.
Cette défaite met en lumière les divergences persistantes entre le JNIM, qui prône l’instauration de la charia, et le FLA, dont l’objectif est l’autonomie de l’Azawad. Pourtant, face à un ennemi commun, les deux groupes ont temporairement uni leurs forces. Des négociations entre eux avaient été évoquées dès fin 2024, et leur coopération tactique s’est concrétisée lors des attaques du 25 avril. Cependant, leur alliance reste fragile et pourrait se fissurer une fois l’objectif commun de renversement de la junte atteint.
Le JNIM a profité de cette dynamique pour annoncer un « siège total » de Bamako, exigeant le départ des forces russes et promettant la « libération » de Gao, Tombouctou et Ménaka. Ces déclarations maximalistes laissent peu de place à des négociations immédiates, tandis que la junte, affaiblie, peine à répondre à cette menace grandissante.
La junte malienne face à ses limites et à ses soutiens
La junte, au pouvoir depuis août 2020, a vu sa légitimité s’effriter face à l’intensification des attaques. L’élimination du ministre de la Défense lors des offensives du 25 avril a porté un nouveau coup à sa crédibilité. Bien que les forces maliennes aient bénéficié de drones turcs, ces équipements ne suffisent pas à inverser la tendance. La junte mise désormais sur une répression accrue, risquant d’aggraver les tensions internes et de nourrir l’opposition.
Côté international, la Russie a réaffirmé son soutien à Bamako, malgré le revers de Kidal. Moscou, qui considère le Mali comme une vitrine de son modèle sécuritaire en Afrique, ne peut se permettre un désengagement qui signifierait un aveu d’échec. De son côté, la Turquie joue un rôle croissant en formant les forces spéciales maliennes et en protégeant la junte, notamment lors des attaques récentes. Ankara pourrait voir son influence s’accroître si la situation continue de se dégrader.
Les États-Unis, quant à eux, tentent de renouer le dialogue avec Bamako, dans le cadre d’une stratégie visant à contrer l’influence russe au Sahel. Cependant, les récents événements fragilisent encore davantage cette relation naissante.
Le Sahel à l’épreuve : entre alliances fragiles et nouvelles dynamiques géopolitiques
L’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, n’a pas réagi militairement aux attaques du 25 avril, malgré les clauses d’assistance mutuelle prévues par la Charte du Liptako-Gourma. Les deux voisins du Mali, confrontés à des menaces similaires sur leurs territoires, ont préféré éviter de disperser leurs forces. Cette passivité interroge sur la solidité de l’alliance et sa capacité à faire face à une crise régionale.
Face à ce vide sécuritaire, l’Algérie cherche à renforcer son influence au Sahel. Le pays a multiplié les initiatives diplomatiques et économiques, notamment au Niger et au Burkina Faso, tout en maintenant des canaux de dialogue avec le FLA. Alger pourrait jouer un rôle de médiateur, bien que ses relations avec Bamako restent tendues, notamment en raison des positions maliennes sur le Sahara occidental. Le Maroc, rival historique de l’Algérie, tente également de s’imposer avec son Initiative Atlantique, offrant un accès à l’océan Atlantique aux pays enclavés du Sahel.
Plus au sud, les États côtiers du golfe de Guinée, comme le Bénin et le Togo, sont indirectement menacés par la déstabilisation du Mali. Bien que moins exposés, ils pourraient subir les retombées d’une crise au Burkina Faso ou au Niger, pays frontaliers dont l’instabilité pourrait favoriser la propagation des groupes armés.
Un avenir incertain : contagion régionale ou recomposition géopolitique ?
Les attaques du 25 avril marquent une nouvelle phase du conflit, caractérisée par une coordination accrue et une diffusion géographique élargie. Le JNIM, avec sa capacité de projection régionale, représente la menace la plus immédiate pour la stabilité du Sahel. Son expansion vers le golfe de Guinée et son influence au Burkina Faso et au Niger pourraient, à terme, déstabiliser l’ensemble de la sous-région.
Le FLA, en revanche, reste centré sur des revendications territoriales et identitaires, sans ambition transnationale. Son alliance avec le JNIM est avant tout tactique et pourrait se briser une fois la junte affaiblie. La reprise de Kidal sera un test crucial pour la durabilité de cette coalition.
Dans ce contexte, les scénarios d’avenir sont multiples. Une junte affaiblie mais encore en place pourrait servir d’adversaire utile au JNIM, tout en alimentant sa propre légitimité. Un effondrement du régime, en revanche, risquerait de favoriser le retour d’acteurs internationaux et de créer un vide propice à une intensification des attaques. Enfin, une radicalisation accrue de la junte pourrait accélérer les coups d’État internes, offrant au JNIM une opportunité supplémentaire de consolider ses gains.
Ces événements révèlent les failles d’un système sécuritaire régional reposant sur des partenariats extérieurs aux résultats mitigés. Ils soulignent également les défis auxquels est confronté un État malien dont la capacité à protéger ses populations s’érode jour après jour.