Mali : terrorisme et arbitraire d’État, un duo explosif selon l’avocat Konaté

Mali : terrorisme et arbitraire d’État, un duo explosif selon l’avocat Konaté

Mali : terrorisme et arbitraire d’État, un duo explosif selon l’avocat Konaté

Mamadou Ismaïla Konaté, avocat et ancien ministre malien, à Bamako en 2017.

Depuis près d’un mois, Maître Mountaga Tall, figure de l’opposition et avocat de renom, est détenu au secret par les services de sécurité malienne. Son fils et d’autres militants, militaires ou religieux, partagent le même sort. Ces arrestations, survenues après les violentes attaques du 25 avril attribuées à des groupes jihadistes et indépendantistes, interrogent sur l’instrumentalisation de la lutte antiterroriste et l’avenir de l’État de droit au Mali.

Un mois de détention arbitraire

Maître Mountaga Tall, avocat engagé pour la démocratie et ancien ministre, a été enlevé il y a un mois par la Sécurité d’État. Il est détenu dans un lieu tenu secret, sans accès à un avocat, à un médecin ou même à sa famille. Son fils a subi le même sort, tout comme d’autres opposants politiques, militaires et responsables religieux. Ces arrestations massives ont débuté après les attaques du 25 avril, attribuées conjointement aux groupes jihadistes du Jnim et aux indépendantistes du FLA. Pourtant, aucun lien officiel n’a été établi entre ces enlèvements et les enquêtes en cours, notamment celle de la Justice militaire suspectant des complicités avec les groupes armés.

Maître Mamadou Ismaïla Konaté, avocat et ancien ministre de la Justice, s’insurge contre cette situation. Il rappelle que « le terrorisme est la négation même de la paix et du pacte social. Pourtant, aujourd’hui, on ne peut plus ignorer la responsabilité d’un pouvoir issu de la force et qui se maintient par la terreur. » Il dénonce l’arbitraire total qui règne dans ces détentions, où l’État de droit est bafoué au nom d’une lutte antiterroriste détournée de son sens.

Une justice instrumentalisée ?

La question de l’indépendance de la justice malienne se pose avec acuité. Maître Konaté souligne que « la justice doit servir l’État et la nation, pas un régime, fut-il militaire. » Pourtant, des exemples récents montrent une justice soumise aux autorités. L’ancien Premier ministre Moussa Mara a été condamné à un an de prison ferme pour un simple tweet, tandis que des appels publics à la violence contre des militants pro-démocratie ou des commerçants mauritaniens restent impunis. « Un camp militaire n’est pas une juridiction. La détention régulière se prouve, l’arbitraire, lui, se dissimule. »

Les juges, selon Maître Konaté, ont le devoir de se préserver de la peur et de rappeler que « demain, la justice sera. » Pourtant, dans le contexte actuel, beaucoup semblent avoir abdiqué leur rôle de protecteurs des libertés fondamentales.

L’opposition face à l’impossible choix

Maître Konaté, bien que farouchement opposé au régime militaire en place depuis six ans, n’a pas rejoint la Coalition des forces pour la République (CFR) dirigée par l’imam Dicko. Pour lui, « aujourd’hui, on est entre le képi et la chéchia. Le képi, c’est la prise de pouvoir par la force, c’est l’autoritarisme. La chéchia, c’est l’héritage des groupes armés qui ont semé la terreur en 2012, avec des mains et des pieds coupés. »

Il refuse de cautionner toute alliance avec des acteurs ayant un passé sanglant, tout en combattant sans relâche le régime actuel. « Il faut des préalables absolus : évoquer 2012, la jonction entre le FLA et le Jnim, et exiger l’adhésion à des principes fondateurs de la démocratie et de la justice. »

Responsabilité du pouvoir et avenir du Mali

Les attaques du 25 avril, la mort du ministre Sadio Camara et la prise de Kidal avaient laissé penser à un affaiblissement du pouvoir militaire. Pourtant, celui-ci semble se maintenir, malgré les critiques grandissantes. Maître Konaté rappelle que « le terrorisme n’a pas sa place dans la cité, mais il devient impossible d’ignorer la responsabilité d’un pouvoir qui se maintient par la force et qui expose les citoyens à des périls toujours plus grands. »

Il met en garde : « Opposer les Maliens à la souveraineté nationale ou les accuser d’être des traîtres revient à pervertir le débat. Les vrais antipatriotes sont ceux qui affament leur peuple et bafouent les libertés. »

Alors que le Mali fait face à des défis sécuritaires et politiques majeurs, la question reste entière : comment concilier lutte antiterroriste et respect des droits fondamentaux ?

tribuneaes