Succès Masra : un an de détention injuste et urgent besoin de soins
Le Tchad commémore aujourd’hui une année de privation de liberté pour l’opposant Succès Masra, figure majeure du parti Les Transformateurs. Depuis mai 2025, cet ancien Premier ministre, condamné à vingt ans de prison pour un message diffusé en 2023, croupit dans une cellule exiguë du plateau tchadien. Sa sœur, Chancelle Masra, installée en France, alerte sur son état de santé et dénonce une injustice flagrante.
Une détention sans fondement juridique ni dignité
Selon les informations recueillies par sa famille, Succès Masra souffre de problèmes respiratoires graves. Pourtant, aucune prise en charge médicale adaptée n’est disponible au Tchad. « Les médecins ont confirmé la nécessité d’analyses complémentaires, impossibles à réaliser sur place », révèle sa sœur. Détenu dans un local militaire à N’Djaména, il est enfermé dans une pièce de moins de quinze mètres carrés, privé de lumière naturelle depuis des mois. Absence de lit, de sport, de contact avec l’extérieur : les conditions de sa détention choquent les observateurs.
Les visites familiales et les consultations médicales restent soumises à des autorisations aléatoires. « Ma mère a pu le voir, mais les avocats doivent obtenir une permission à chaque fois », précise Chancelle Masra. Pire encore : tous ses appareils électroniques ont été confisqués, le coupant du monde et de sa famille.
Une condamnation contestée : l’innocence de Succès Masra
Le procès qui a abouti à sa condamnation repose sur des accusations d’incitation à la haine, liées à des violences intercommunautaires survenues deux ans après la diffusion de son message. Pourtant, Succès Masra n’a jamais prôné la violence. Depuis la création de son parti en 2018, il a toujours privilégié le dialogue, organisant des marches pacifiques et signant des accords de paix avec les autorités en 2023. « Il a même renoncé à son salaire de Premier ministre pour contribuer au développement du Tchad », rappelle sa sœur.
Juridiquement, le dossier est vide : aucune preuve, aucun témoignage n’étaye les charges retenues. Chancelle Masra insiste : « Enfermer un homme pacifique ne résoudra pas les tensions. C’est une erreur judiciaire qui doit être réparée ». Son frère a fait appel, mais la date du procès en appel reste inconnue, plongeant la famille dans l’incertitude.
Un climat politique Tchadien de plus en plus répressif
La situation de Succès Masra s’inscrit dans un contexte de durcissement politique au Tchad. Récemment, huit opposants du GCAP ont été condamnés à huit ans de prison pour avoir tenté d’organiser une marche pacifique. « Si les opposants ne peuvent plus s’exprimer librement, nous ne sommes plus en démocratie », s’indigne Chancelle Masra. Malgré les déclarations officielles sur la liberté d’expression, les arrestations arbitraires se multiplient.
Par ailleurs, des défections au sein des Transformateurs alimentent les spéculations. D’anciens cadres du parti occupent désormais des postes clés au gouvernement, mais Chancelle Masra balaie ces arguments : « Deux défections sur des milliers de militants ne signifient pas un affaiblissement du parti. Succès Masra reste un leader respecté, capable de mobiliser au-delà des frontières ».
La mobilisation internationale, un espoir pour sa libération
Face à l’inaction des autorités tchadiennes, la famille mise sur la pression internationale. Organisations de défense des droits humains, personnalités politiques et société civile ont exprimé leur solidarité. « Sans cette mobilisation, mon frère ne serait peut-être plus en vie », confie Chancelle Masra. Elle remercie notamment Amnesty International et Human Rights Watch pour leur engagement, tout en soulignant l’urgence d’agir au niveau africain et tchadien.
Alors que le président Mahamat Idriss Déby a été reçu à l’Élysée en janvier 2026, rétablissant un canal diplomatique rompu, la question se pose : la communauté internationale saura-t-elle faire pression pour faire respecter les droits fondamentaux ? Chancelle Masra en est convaincue : « La lutte contre le terrorisme ne doit pas servir de prétexte pour étouffer la liberté d’expression et les droits humains ».