Niger et mali : les défis d’un retrait controversé de la cedeao

Niger et mali : les défis d’un retrait controversé de la cedeao

L’Afrique de l’Ouest face à un dilemme géopolitique

Les récents échanges entre les ministres des Affaires étrangères du Niger et du Mali ont révélé une stratégie diplomatique pour le moins ambiguë. D’un côté, des accusations virulentes envers la CEDEAO, accusée de soutenir le terrorisme, et de l’autre, des propositions de coopération avec les mêmes pays. Cette position équivoque soulève une question majeure : est-il possible de tourner le dos à une organisation régionale sans en subir les conséquences économiques et sécuritaires ?

Une communication à double tranchant

Les deux États du Sahel oscillent entre deux discours opposés. D’un côté, ils dénoncent publiquement leurs voisins de la CEDEAO, les associant à des groupes armés meurtriers. De l’autre, ils sollicitent leur aide pour des dossiers spécifiques. Cette approche, qui mélange fermeté et ouverture, interroge sur la cohérence de leur politique étrangère.

En effet, dans l’arène internationale, la crédibilité repose sur la constance. Accuser un partenaire de complicité terroriste tout en lui proposant un partenariat commercial revient à envoyer des signaux contradictoires. Une telle stratégie risque de nuire à la réputation des autorités sahéliennes, qui pourraient être perçues comme des interlocuteurs peu fiables par la communauté internationale.

L’enclavement, une contrainte géographique indéniable

Le retrait de la CEDEAO a été présenté comme une marche vers une indépendance totale. Pourtant, la géographie rappelle cruellement les limites de cette ambition. Le Mali et le Niger, privés d’accès à la mer, dépendent entièrement des ports de Cotonou, Lomé ou Abidjan pour leurs importations essentielles : riz, carburant, médicaments ou matériaux de construction.

Sans la coopération de ces voisins, les coûts logistiques exploseraient, entraînant une flambée des prix des denrées de première nécessité. Les ministres du Sahel reconnaissent ainsi, sans le dire explicitement, que l’Alliance des États du Sahel (AES) ne peut fonctionner en autarcie. Une réalité qui contredit les discours sur l’autosuffisance.

Le piège d’une rupture inachevée

Quitter la CEDEAO était un acte politique fort, destiné à satisfaire une partie de l’opinion publique. Mais vouloir conserver les avantages techniques de l’organisation sans en respecter les règles relève de l’utopie. La rupture politique est une chose, mais les besoins économiques en sont une autre.

On ne peut pas, en effet, tourner le dos à une alliance tout en espérant bénéficier de ses infrastructures ou de ses mécanismes de coopération. La confiance est le socle de toute collaboration internationale. En sapant le contrat politique avec la CEDEAO, les États du Sahel fragilisent également la sécurité juridique de leurs propres acteurs économiques et commerciaux.

Le terrorisme, une menace qui transcende les frontières

La colère peut être un moteur politique, mais elle ne constitue en rien une politique étrangère. Critiquer ses voisins peut procurer un soulagement temporaire, mais cela ne résout pas les défis concrets : insécurité, pauvreté, ou accès aux soins.

Le terrorisme, lui, ne connaît pas de frontières. Pour le combattre efficacement, une coordination sans faille entre les services de renseignement et les armées de toute la région est indispensable. Diviser les pays voisins revient à offrir un terrain de jeu idéal aux groupes armés, qui profitent des tensions pour étendre leur influence.

La souveraineté, une notion bien plus large que l’indépendance

Le Niger et le Mali découvrent à leurs dépens que le retrait de la CEDEAO représente un défi colossal pour leur économie. La véritable souveraineté ne se limite pas à l’indépendance politique : elle repose aussi sur la capacité d’un État à nourrir sa population, à garantir l’accès aux soins et à protéger ses citoyens.

Dans ce contexte, le bon voisinage n’est pas une option, mais une nécessité absolue. Privilégier la propagande au détriment de la réalité vécue par les populations revient à sacrifier l’intérêt général sur l’autel d’une posture politique. La souveraineté se mesure à l’aune du bien-être des citoyens, pas à celle des discours enflammés.

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