Sénégal : pourquoi la trêve politique est cruciale pour relancer l’économie

Sénégal : pourquoi la trêve politique est cruciale pour relancer l’économie

Trois ans après des élections présidentielles marquées par de vives tensions politiques, le Sénégal peine à concrétiser les espoirs placés dans son nouveau régime. Malgré le lancement ambitieux de l’Agenda Sénégal 2050 puis du Plan de redressement économique et social (PRES), la dynamique économique semble s’essouffler sous le poids des rivalités partisanes.

Alors que les débats politiques dominent désormais l’espace public, les indicateurs économiques récents dressent un tableau préoccupant. Selon les dernières données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le Sénégal affiche une croissance du PIB réel de seulement 4,7 % au premier trimestre 2026, loin derrière ses voisins comme le Bénin (6,4 %), la Côte d’Ivoire (6,4 %), le Mali (6,1 %) ou encore le Niger (6,1 %). Pire encore, le pays a enregistré l’une des plus fortes baisses de croissance de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), avec un recul de 3,1 points par rapport à sa moyenne de 2025.

Une économie étouffée par les querelles politiques

Les divisions au sommet de l’État, autrefois présentées comme un frein à l’action publique, persistent malgré les changements opérés au niveau de la Primature. L’économie sénégalaise, autrefois perçue comme un moteur régional, voit ses investissements directs étrangers (IDE) s’effondrer, passant de 3,319 milliards de dollars en 2024 à seulement 37 millions en 2025. Cette situation reflète un climat d’incertitude qui dissuade les partenaires économiques et financiers.

Les préparatifs précoces pour l’élection présidentielle de 2029 aggravent cette polarisation. Le camp présidentiel consolide son assise avec la création du parti Kiiraye, tandis que le PASTEF renforce sa cohésion en vue des prochains scrutins. Dans ce contexte, les priorités économiques s’effacent au profit des stratégies politiques à court terme, au risque de compromettre la crédibilité des engagements pris par les autorités.

Trois leviers pour inverser la tendance

Face à ce constat, une trêve politique apparaît comme une nécessité absolue pour replacer l’économie au cœur des priorités nationales. Trois axes stratégiques pourraient permettre au Sénégal de retrouver sa dynamique perdue :

  • Rétablir la confiance des investisseurs : La conclusion d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI) serait un signal fort pour rassurer les marchés et les bailleurs de fonds. Une telle initiative renforcerait la crédibilité de la trajectoire économique du pays et faciliterait son accès aux financements internationaux.
  • Faire du secteur privé le moteur de la croissance : Pour cela, il est essentiel de simplifier les procédures administratives, d’améliorer l’environnement des affaires et de développer des partenariats public-privé. Les secteurs stratégiques comme les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’industrie et le numérique doivent bénéficier d’un soutien prioritaire.
  • Rationaliser les dépenses publiques : Dans un contexte de marges de manœuvre réduites, la maîtrise des dépenses de l’État est cruciale. La fusion des agences et structures redondantes, bien que souvent annoncée, peine à se concrétiser. Un rythme plus soutenu est nécessaire pour libérer des ressources et financer les projets structurants.

Un impératif de souveraineté économique

Les trois années restantes avant l’élection de 2029 doivent être mises à profit pour poser les fondations d’une économie résiliente et souveraine. L’ambition affichée de bâtir « une nation souveraine, juste, prospère et ancrée dans des valeurs fortes » ne pourra se concrétiser sans une stabilité politique durable et une vision économique claire. Le temps presse : chaque jour perdu dans les querelles partisanes éloigne le Sénégal de son objectif de redevenir la locomotive économique de l’UEMOA.

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